Chacun.e ses raisons.
Imaginez-vous un dimanche matin au marché. Votre marché du coin de la rue, ou celui des vacances, où vous prenez le temps de flâner parce que vous n’y avez pas vos habitudes.
Devant vous, les étals plus ou moins alléchants. Ici des fraises belles et chères, là les mêmes plus abordables (y a-t-il anguille sous roche ?), encore plus loin des plus petites, humbles mais pleines de promesses. Dans votre tête, envies et réticences dansent leur pas de deux : achetez-vous pour vous, pour votre conjoint.e, pour vos enfants, pour vos parents ? Suivez-vous votre instinct (on pourrait en parler longtemps, de l’instinct, comme s’il n’était qu’instinctif) ? Êtes-vous plutôt du genre à vous laisser convaincre par un.e marchand.e habile, un stand particulièrement bien agencé, la taille de la file qui attend ? Ne vous fiez-vous qu’au prix ?
Toutes ces questions, que vous vous posez sans vraiment vous les poser et dont nous n’avons ici qu’un aperçu, vont vous amener, à un moment, à acheter ces fraises-là et pas d’autres. Ou à repartir sans rien – c’est pas encore la pleine saison, direz-vous.
Ces questions, ce sont les mêmes que nous nous posons à chaque choix, du plus petit au plus grand sujet. Pourquoi faisons-nous les choses ? Acheter ou ne pas acheter des fraises, être ou ne pas être, publier ou ne pas publier des livres.
L’histoire des éditions Reconnaissance repose sur une rencontre, ou plutôt des rencontres successives, qui ont amené trois personnes, à un moment, à cette décision folle : créer une maison d’édition. Folle parce que plus personne ne lit (personne n’a jamais lu, mais c’est un autre sujet), parce que personne ne vous attend, parce que vendre un livre ne rapporte rien etc ? Non, folle comme est folle la décision d’avoir un enfant, ou la croyance en l’amour éternel, ou le désir de laisser une trace, ou la certitude qu’on comprendra le monde ou qu’il vous comprendra, ou qu’on le changera… J’en oublie.
Je publie des livres sans l’avoir consciemment désiré. Je publie des livres pour une raison souterraine qui n’a pas grand-chose à voir, dans le fond, avec la littérature. À moins au contraire que la littérature ait été le prétexte à tout ce que j’ai fait dans ma vie – à date. À ce que j’ai fait de ma vie. Et je ne parle que pour moi, les co-fondateur.ices auraient certainement autre chose à dire. A suivre…