Créer sa maison d'édition #6 : Vendre des livres

Cette semaine, vendre des livres, est-ce que c'est comme vendre des habits ?

Au tournant du dernier siècle, Alain Souchon chantait la Rive gauche de Paris et les marchands malappris/ Qui ailleurs ont déjà tout pris/ Viennent vendre leurs habits en librairie.

Vingt-cinq ans plus tard, Violette and Co, une librairie du 11ème arrondissement est vandalisée pour raison politique. Et les habits ne se vendent pas tellement mieux que les livres.

Premier scoop : le livre reste un objet subversif, et la subversion est l’un des besoins de première nécessité de toute collectivité. Parce que la subversion c’est la vie qui dérange l’ordre fatal de la mort. Parce que le livre c’est le langage qui reste l’exclusivité de l’être humain.

Deuxième scoop : le livre subversif est toujours, sur le long terme, celui qui se vendra le mieux. On ne parle pas ici des livres qui font scandale et s’envolent comme les feuilles mortes à l’automne. On parle des livres qui ont saisi quelque chose de souterrain à la société et l’excavent en le mettant en mots. Molière, avec Tartuffe, pose pour des siècles les mécanismes de la perversion à l’œuvre chez ceux qui utilisent la religion pour le pouvoir et l’argent. Pas besoin de faire un dessin sur l’actualité de cette pièce qui fut interdite. Qu’est-ce qui fait subversion aujourd’hui ? Visiblement le féminisme. 

Troisième scoop : la vente de livres est organisée selon un absolu patriarcat. A la tête des grands groupes : des hommes. En-dessous, qui bossent sur les textes : des femmes. Le patriarcat a bien compris le parti qu’il pouvait tirer du féminisme, alors il publie… des jeunes femmes supposément subversives… et surfe sur cette mode en jetant ce qui n’est pas rentable.

Quatrième scoop : vendre des livres n’est pas différent de vendre des habits. Il n’y a qu’aux tout-puissants patrons de grands groupes que le discours « le livre, ce précieux objet à part » profite. Parce qu’il permet un circuit commercial du livre aberrant : le libraire qui commande pour ne pas se marginaliser, et a un droit de retour illimité de ce qu’il a commandé (il n’a pas le droit de faire des soldes) ; l’éditeur qui peut détruire tout qui lui est retourné sans aucune limite ou cadre … Vous connaissiez la fast fashion ? Il vous reste à découvrir la fast publishing.

On va vous raconter. A suivre…

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Par Éditions Reconnaissance

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