Créer sa maison d'édition #7 : le fast-publishing

On vous parlait de fast publishing la semaine dernière. Qu’est-ce ? 

Comme la mode, l’édition a été contaminée par la multiplication des références et l’apparition d’une date (implicite) de péremption. Pourquoi ? Pour occuper le terrain (= les tables des libraires). Comment ? Plus une maison a de références avec une couverture reconnaissable, plus elle impose sa marque.

On pourrait aussi se dire que pour que le consommateur ne se lasse pas, il faut qu’il trouve à chaque fois de nouveaux titres. En librairie. 

Premier hic : ce système s’adresse aux gros lecteurs, qui achètent des livres en librairies comme ils achètent leurs yaourts au supermarché du bas de l’immeuble. Les autres (l’écrasante majorité des consommateurs de biens culturels) sont comme la/le non-fashonista qui va deux fois par an refaire un peu son vestiaire et découvre à cette occasion que “tiens, la mode a évolué” (les chaussures de sport, la taille haute…).

Deuxième hic : ce système exige la production permanente de nouveautés. Dans la mode, ça a commencé (enfin je crois) avec Zara, qui cassait la notion de saison en proposant toute l’année des nouveautés. Aujourd’hui c’est tous les jours qu’un.e client.e peut trouver des vêtements nouveaux à acheter chez celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom (S…n). Et bien en librairie c’est devenu quasi pareil. 

Troisième hic : l’édition « doit » entretenir la bête. Plusieurs centaines de nouveaux titres sont publiés chaque mois. Or un livre ne s’écoule pas comme un tee-shirt. Parce qu’il ne « s’enfile » pas comme un tee-shirt. Même petit, un livre nécessite un minimum de temps de lecture, et s’il s’avale trop rapidement on reste un peu sur sa faim. L’arnaque est la même pour la mode et le livre : plus ça semble bon marché, plus c’est cher. 

Conséquence : les libraires qui veulent à la fois vendre beaucoup (normal) et ne pas s’épuiser à ouvrir et fermer les cartons doivent arbitrer entre le fast publishing boosté par la pub et l’actualité, et l’édition « de fond », c’est-à-dire des livres qui vont se vendre de manière continue, sur la durée. Parmi nos premiers livres, certains nous offrent ce bonheur : parce que nous les voulons non pas luxueux mais de qualité, sur la forme comme sur le fond. 

Parce que soyons honnêtes : combien de livres aux textes non travaillés, aux papiers non durables, en un mot… jetables ? 

Et combien de lecteurs déçus et de non-lecteurs ignorés ? 

Combien de méfiance envers les media que l’on voudrait prescripteurs ? 

Le livre : un objet de consommation presque (pas) comme les autres. 

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Par Éditions Reconnaissance

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