Deux fois par mois, un ou une auteur.trice propose une réflexion autour d'une expression, plus ou moins courante, de la langue française. Aujourd'hui, Isabelle Siac propose un petit éloge du pont.
Alors que mai s’achève sur la fête des mères, une expression typique du mois du muguet s’apprête à rentrer à la maison : faire le pont. Quel rapport entre les deux ? Les mères sont toujours sur le pont? Être mère c’est faire le pont le pont entre passé et futur ? Un pont enjambe un obstacle comme une mère se met en quatre pour faciliter la vie de ses enfants ?
Soit, honneur aux mères, qui ne sont pas des saintes mais font ce qu’elles peuvent (certaines beaucoup, d’autres moins).
Pour revenir à ce fameux « je fais le pont » que nous avons toutes et tous entendu et/ou dit ces derniers temps, il procure ce plaisir particulier qui consiste à transformer un jour de travail en grande vacance. Alors que notre rapport au temps a été chamboulé par son accélération, sa compression, son hyper utilisation, ce bon vieux pont persiste à nous mettre en joie de manière inchangée. Alors qu’on sait qu’on regardera nos mails et qu’on ne déconnectera pas complètement, le sentiment d’école buissonnière reste intacte. Faire le pont, aujourd’hui, c’est aussi anachronique que ne pas avoir de smartphone et pourtant on adore ça. Comme un goût de vintage. De XXème siècle. C’était pas mieux avant, c’est toujours aussi bien.
C’est même tellement bien que nous aussi on va s’offrir un pont, à notre façon parce qu’on est modernes et féministes. Nous avons publié quatre livres en deux mois, et la prochaine étape est le festival d’Avignon où trois de nos livres de théâtre seront lus. Alors d’ici là, petit pont.
À partir de maintenant, votre newsletter fera le pont quand elle aura besoin de repos.