La première fois que j’ai entendu vraiment cette expression – je veux dire que je la connaissais, bien sûr, mais que je n’y avais jamais particulièrement prêté attention – la première fois donc, c’est lorsqu’une patiente souffrant de boulimie l’employa pour m’expliquer le mécanisme qui l’amenait, à partir d’une frite, d’une bouchée de pain ou d’une cacahouète, à engloutir en quelques minutes l’équivalent de trois jours de repas.
Elle contrôlait strictement son alimentation, et le plus petit écart ruinait à lui seul son programme ; alors, foutu pour foutu, elle allait se faire plaisir dans des proportions aussi grandes que celles dans lesquelles elle se faisait, le reste du temps, violence pour maigrir/rester maigre/être la plus maigre. Foutu pour foutu, m’avait-elle expliqué avec une honte bloquant ses larmes, elle allait se vautrer dans le laisser-aller, se prouver combien elle était minable. Je pensais : s’acharner contre elle-même, en se faisant encore plus mal en se gavant qu’en se retreignant. Elle continuait : Foutu pour foutu, puisqu’elle n’avait pas été foutue de résister à une frite, elle allait se goinfrer à en crever.
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