Pour la dernière newsletter de l'année 2025, nous (Isabelle et Ophélie) prenons ensemble la plume pour faire le bilan.
Passer d’autrice à éditrice, c’est un peu comme passer de managé à manager, pour reprendre les termes que j’employais autrefois dans ma vie en entreprise. Dit autrement, c’est devenir celle qui choisit vs celle qui est choisie ; avoir ce pouvoir de décider d’un peu (ou beaucoup) du sort de l’autre. Sachant que tout ça est une chaîne : il y a toujours quelqu’un qui a un plus grand pouvoir, quel que soit le niveau auquel on se situe. Même les pires dictateurs font face, à un moment ou un autre, à la force du peuple. Ceci pour dire qu’il faut rester modeste.
L’avantage, quand on a été auteur.ice avant d’être éditeur.ice, c’est qu’on sait ce que c’est de dépendre de, de s’en remettre à. Pour notre concours de novembre, de nombreux textes que nous avons reçus étaient accompagnés de mots disant l’émotion d’avoir osé écrire, parfois pour la première fois, une expérience décisive, un moment qui avait changé le cours d’une vie. Chez d’autres nous sentions la réserve d’une écriture un peu théorique sur le concept de la sublimation. Comment trouver la juste voie entre la sensibilité et la maitrise formelle, entre la sincérité du réel et les « trucs » d’écrivain qui permettent d’accéder à une universalité ? Comment non seulement mettre en mots justes son imaginaire mais accéder aussi à sa musique intérieure qui fait le « style » ? Ce sont les réponses à ces questions qui font qu’un texte arrête l’attention : d’abord d’un.e éditeur.ice, puis du public (c’est du moins le pari de l’éditeur.ice).
Quand on est auteur.ice, on sait ce que c’est d’attendre fébrilement, d’être déçu.e, en colère, remis en question, triste, de se sentir pas compris.e, pas entendu.e. Pas reconnu.e. Pour une maison d’édition qu’on a choisi d’appeler Reconnaissance, c’est une sacrée responsabilité de choisir de publier ou non.
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Cette année nous avons donc éprouvé cette nouvelle responsabilité, en publiant des nouveaux titres et des primo-romancières (Charlotte !), en lisant les manuscrits reçus, de plus en plus nombreux (alors que le temps, lui, ne se dilate pas !), en lançant notre concours d’écriture (et que d’excellents textes !), en essayant, tant bien que mal, de faire vivre la petite communauté d’auteur.trice.s et de créateur.trice.s qui se constitue autour de nous.
J’écris “petite”, je vois déjà Isabelle me reprendre pour me dire : “mais non, pas petite, tu te rends pas compte, en si peu de temps !”.
Et elle a raison, un an déjà, un an seulement, et la maison d’édition grandit de jour en jour - grâce à vous, lecteur.trice.s, qui nous soutenez et qui nous challengez (en bon français), vous à qui nous pensons chaque fois que nous choisissons un texte, vous à qui pensent les auteur.trice.s, fébriles, excités de vos retours.
J’ai lu quelque part que la gratitude ajoutait au bonheur ; que la conscience de sa chance, même relative, même infime, permettait de mieux respirer. Que la reconnaissance menait à la joie. C’est ce que je nous souhaite à toutes et tous pour 2026 !
Bonnes fêtes, rendez-vous le 9 janvier pour la suite de nos aventures.
Isabelle et Ophélie